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Reçue d'un ami de Kiev,fin

Reçue d'un ami de Kiev,fin connaisseur de la situation de son pays
Subject: FW: *Ukraine - analyses des resultats de l'election presidentielle

Pour info, voici mon analyse du résultat des élections présidentielles de Dimanche dernier en Ukraine :

Participation et nouveau mandat :

Indubitablement Petro Poroshenko a bénéficié d’un large soutien qui s’est traduit par une élection dès le premier tour avec plus de 54% des suffrages exprimés. L’OSCE a déclaré l’élection conforme aux normes européennes ce qui ne semble pas être une conclusion trop extravagante. Plus qu’une adhésion, ce soutien traduit plutôt la lassitude des ukrainiens face à la vacance et le manque de légitimité du pouvoir notamment du président du parlement Turchynov.

Je ferai néanmoins 2 remarques :

- On a fait état dans les medias d’un niveau de participation record et ce malgré la non-participation des deux régions sécessionnistes Louhansk (4.8% de participation) et Donetsk (3.2% de participation). La participation au niveau national fut en fait historiquement basse. Elle fut de 53% en prenant en compte intégralement ces deux régions et de 60.3% en ne prenant en compte que les bureaux de vote accessibles au suffrage de Dimanche (quelques bureaux de vote). Les autres régions volatiles ont aussi voté en trainant les pieds – Odessa (46%) et Kharkov (48%). A titre de comparaison, l’élection présidentielle de 2010 avait mobilisé 69% de l’électorat et l’élection législative de 2012, 58%.

- Les conditions de vote dans les régions sous contrôle ont peut-être été au standard de l’OSCE, par contre les conditions de campagne ne l’étaient absolument pas. Les pressions exercées sur certains candidats furent de nature a sérieusement mettre en doute le blanc-seing démocratique octroyé par l’OSCE.

Ceci étant dit, l’élection de Poroshenko semble être un moindre mal tant la situation du pays semble précaire. La volonté affichée de la Russie de considérer Poroshenko comme un interlocuteur valable semble aller dans le bon sens. Sa tâche reste néanmoins monumentale…

Les prochaines semaines :

Comme je l’ai souvent répété, la constitution actuelle de l’Ukraine est intrinsèquement perverse car elle a été conçue – en 2004 par un Kuchma déclinant – afin de rendre le pays ingouvernable et de garantir l’impunité du président sortant. Cette constitution eut comme résultat le blocage institutionnel de 2006-7 entre Yushenko et Tymoshenko. Selon toute vraisemblance ce scénario a de grande chance de se reproduire. Pour rappel, le Président ne peut dissoudre le parlement et ne dispose pas de groupe parlementaire majoritaire. Seul 41 députés d’UDAR soutiennent réellement le président.

Sans l’aval du parlement, le président ne peut même pas confirmer aux postes de ministre de la défense et des affaires étrangères les candidats qu’il est constitutionnellement en droit de nommer.

Dans les prochains jours ou les prochaines semaines, il devrait y avoir une reconfiguration de la coalition au pouvoir faute de quoi on devrait avoir des élections parlementaires anticipées – le grand souhait de Klichko et de UDAR.

Toutefois, sachant que la plupart des partis institutionnels ont eu des scores négligeables lors des élections de dimanche (Svoboda, PoR, Kom Parti etc ont virtuellement disparu de l’échiquier au profit soit de l’abstention soit d’UDAR et du parti Radical d’Oleg Lyashko - un Nationaliste dont le courage politique est comparable à l’intelligence de BHL), il apparait peu probable qu’une autodissolution du parlement soit souhaitée par des parlementaires futur-chômeurs.

De plus, 15% des circonscriptions (35 sur 225) sont sous contrôle des séparatistes ce qui rend toute élection de députés dans l’état actuel des choses impossible dans ces zones.

L’escalade à l’Est :

Le pouvoir en place semble déterminé d’user de tous les moyens possibles pour affermir son contrôle des régions sécessionnistes. Electoralement, ces actions sont très payantes et présentent Poroshenko comme chef de guerre déterminé. Par contre cela ne fait que cimenter l’antagonisme pour ne pas dire la haine entre les différentes parties de l’Ukraine et rendent illusoire toute réconciliation dans un future proche.

La rhétorique guerrière et la déshumanisation de l’adversaire sont autant d’indications que l’on se trouve au-delà du point de non-retour et qu’un scenario Syrien ou Yougoslave n’est malheureusement plus à exclure.

Un mot sur Akhmetov, Kolomoiski et les autres :

Bien que souvent qualifié d’oligarque, Petro Poroshenko fait figure d’enfant sage de l’oligarchie ukrainienne. Sa fortune fut constituée sans avoir eu recours aux méthodes mafieuses des groupes du Donbass (Akhmetov, Yanukovich) ou de Dnipropetrovsk (Tymoshenko, Kolomoiski) et dans des conditions « tolérables ». Il n’en va bien évidement pas de même pour Kolomoiski qui maintenant détient le contrôle administratif des régions d’Odessa et de Dnipropetrovsk ainsi que d’une partie des forces militaires auxiliaires (milices nationalistes et autres gardes nationales) et qui ne s’arrêtera pas là; ou d’Akhmetov qui tenta la carte séparatiste dans un premier temps avant de se raviser dans les dernière 2 semaines.

Ce dernier semble d’ailleurs en assez mauvaise posture étant maintenant sous la pression de la rue à Donetsk après avoir raté sa mobilisation en faveur de l’unité du pays et étant de plus déconsidéré par le pouvoir à Kiev.

Un peu d’humour :

En conclusion j’aimerais ajouter qu’aujourd’hui la commission européenne a annoncé avoir entamé la 2eme phase du VLAP (Visa Liberalisation Action Plan) pour l’Ukraine alors que Poroshenko a estimé avoir besoin de plus de temps pour être en mesure de signer la partie commerciale de l’Accord de Libre Echange avec l’UE reprenant là le même argument qui provoqua la chute de Yanukovich ….

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