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Working Paper - CHINE/ETATS-UNIS

Duopole de puissance
Auteur: 
Irnerio Seminatore
Date de publication: 
20/4/2015

 

CHINE/ETATS-UNIS

Duopole de puissance

 

Conférence

14 avril 2015

Irnerio Seminatore

 

Table des matières

L’EMERGENCE MONDIALE DE LA CHINE ET L'AFFIRMATION D'UNE DIPLOMATIE ACTIVE EN EURASIE

PAIX ET GUERRE DANS LA DIPLOMATIE CHINOISE: UNE POLITIQUE EXTERIEURE MESUREE ?

CHINE – ETATS-UNIS : PARTENARIAT OU RIVALITE ?

CHINE – ETATS-UNIS: UN CONDOMINIUM GEOPOLITIQUE

CONCLUSION

L’EMERGENCE MONDIALE DE LA CHINE ET L'AFFIRMATION D'UNE DIPLOMATIE ACTIVE EN EURASIE

Depuis la normalisation des relations avec les États-Unis lors de la visite de Nixon et de Kissinger à Mao Zedong en 1972, nous assistons à l’émergence de la Chine, à l'échelle du système internationale; non seulement destinée à jouer un rôle de plus en plus grand en Extrême Orient, dans l’Asie du Sud-est et en Asie centrale, mais aussi à l’affirmation d’une diplomatie active, dont la place centrale est représentée par ses rapports avec les USA.

Ces possibilités sont inscrites dans deux déclarations de politique étrangère, l’une, plus récente, annoncée par le Président Hu Jintao en 2010 et l'autre, plus datée de 1994.

La première déclaration de politique étrangère, axée sur la géostratégie, remonte à la période où la Chine poursuivait deux objectifs qui étaient ainsi énoncés :

  • En premier lieu, s’opposer à toute hégémonie ou politique d’intimidation et sauvegarder la paix,

  • En deuxième lieu, établir un nouvel ordre, politique et économique, mondial.

Traduit en termes opératoires cela signifiait :

  • Réduire la prépondérance américaine, tout en évitant une confrontation militaire,

  • Remettre en cause les hiérarchies et la distribution mondiale du pouvoir.

La déclaration de Hu Jintao de 2010 constitue le fondement d’une « diplomatie asymétrique », dont la doctrine stratégique repose sur la politique des « quatre non » : « Non à l’hégémonisme, non à la politique de force, non à une politique de blocs, non à la course aux armements ».

Les analystes en ont déduit que la Chine préfère l’influence à la prépondérance, l’arbitrage à l’affrontement.

La question toutefois ne peut être évitée:

Comment peut-elle concilier son rôle de partenaire stratégique, garantissant la stabilité régionale et le développement du pays, et celui de leader asiatique dans le monde de demain ?

Un commentaire s'impose, la conscience que les relations entre les États-Unis et la Chine façonneront le XXIème siècle, a incité les deux parties à surmonter la méfiance mutuelle et à fonder l’avenir de leurs relations sur la coopération et pas sur la confrontation.

PAIX ET GUERRE DANS LA DIPLOMATIE CHINOISE: UNE POLITIQUE EXTÉRIEURE MESURÉE?

Quant à la posture américaine concernant l’Asie et l’Extrême Orient, c'est à partir du discours d'Obama à Tokyo en novembre 2009, repris au Parlement australien à Canberra en 2011, que la politique de la nouvelle Administration américaine définit les États-Unis comme « une nation du Pacifique ».

Cette déclaration, énoncée dans le but de « renouveler le Leadership américain dans le monde », s'adresse non seulement aux alliées historiques de la région, mais également aux pays de l'ASEAN (The Association of Southeast Asian Nations) qui constitue un Forum Stratégique de toute première importance pour la stabilité, la paix et le développement économique.

La superposition de deux zones d'influence sino-américaine sur le même espace Asie-Pacifique a été confirmée par la Secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton à Washington, le 23 juillet 2010, lors d'une déclaration dans laquelle elle a fait référence à des « intérêts nationaux » des États Unis concernant la liberté de navigation et les initiatives de « confidence building » des puissances de la région, à l'encontre d'une prétendue «  Doctrine Monroe » chinoise dans la mer de Chine Méridionale. Une partie des Pays du Sud-Est comptent de manière explicite sur la présence des USA pour contre-balancer l'activisme chinois. Or le Linkage entre la mer de Chine Méridionale et la façade maritime du Pacifique est inscrite dans l'extension des intérêts de sécurité chinois.

CHINE – ETATS-UNIS : PARTENARIAT OU RIVALITE ?

La rétrospective historique illustre l'ambivalence et l’ambiguïté de la relation sino-américaine qui a toujours été fondée sur un rapport de partenariat-rivalité, alterné, coexistant et instable. Ce rapport a été marqué, selon les périodes, tantôt par des rapprochement de circonstances, tantôt par les différences idéologiques et tantôt par la superposition de zones d'influence concurrentes, ou encore par une logique de contre-poids de revers, pour contrer un ennemi commun (l'URSS) à l'époque de la bipolarité.

En sortant des ornières doctrinales et abordant les relations bilatérales effectives avec les États-Unis, les rapports entre les deux pays n'ont jamais été d'alliance, dénoncée comme « contre nature » par les oppositions internes de l'Assemblée du Peuple et du Congrès des États-Unis.

Ce comportement a permis à Bill Clinton de parler « d'engagement constructif » et de « partenariat stratégique », pour caractériser la nouvelle phase des relations des États-Unis vis à vis de la Chine.

CHINE – ETATS-UNIS: UN CONDOMINIUM GEOPOLITIQUE

La rivalité a trouvé par contre des manifestations périphériques, par les craintes d'internationalisation des différends internes, à Taïwan, Tibet et Xing-Jian.

Dans l'hypothèse d'une rivalité poussée, les perspectives d'un condominium Chine-États-Unis, passeraient par la complexité d'un jeu très ambivalent entre la Chine et la Fédération de Russie.

Pour l'ensemble de ces considérations, la nature de la bipolarité, envisagée à long terme par la Chine avec les États-Unis, serait plutôt conçue en terme de « condominium » géopolitique, que comme rivalité stratégique. Dans cette hypothèse, quelle place la Russie occuperait-elle dans l'équation géopolitique eurasienne ?

Ainsi, l'émergence d'une forme de « bipolarisme pur » Chine – États-Unis, qui exclurait les positions intermédiaires, serait porteuse, aux yeux des autres puissances de l'Eurasie, de risques et de menaces d'affrontement entre coalitions ou blocs, auxquelles ne pourraient se soustraire les acteurs mineurs, selon les modèles théoriques et les expériences historiques du passé.

CONCLUSION

Dans l'hypothèse d'un « condominium géopolitique » entre la Chine et les États-Unis, quelle place prendraient les autres puissances, la Russie et le Japon, dans l'équation diplomatique mondiale ? Selon certains analystes, la Russie et la Chine seraient en train de défier l'ordre mondial ; la Russie par une stratégie d'affirmation de puissance à caractère géopolitique, en particulier en Europe, la Chine par une remise en cause de type géoéconomique. Le défi de la Russie comporterait une rupture diplomatique et culturelle, autrement dit une subversion ouverte de l'ordre hégémonique, l'unipolarisme des USA au nom du « monde russe ». La Chine une intégration économique dans l'ordre géoéconomique sous forme de subversion latente de la hiérarchie de puissance au nom du « rêve chinois ». Ce rêve correspondrait à la reconnaissance d'un rang de premier ordre, correspondant à la place équivalente à son poids, au sein des institutions financières internationales, établies par les Accords de Bretton Woods en 1944 et dominées par les Occidentaux. Quelle réponse peut apporter l'Amérique à ces deux défis, mais également aux défis asiatiques pris dans leur ensemble ? L’Asie est entrée dans une ère de « surenchères des intimidations » et face à des scénarios de guerre régionale, les risques ne sont pas nuls et les foyers multiples.

Est-il possible pour les deux puissances majeures de la planète de dépasser les antagonismes dans un espace que chacune considère comme naturel ?

L’Amérique d'Obama, qui poursuit une révision de la stratégie « d'endiguement » de G. Kennan, rejette l'idée d'un monde multipolaire et celle d'un duopole de puissance (ou G2), lui préférant celui d'un partenariat multilatéral dans lequel l'Amérique pourrait continuer à exercer son rôle de leadership.

La Chine, qui s'affirme comme une puissance militaire respectable, demeurera-t-elle une puissance pacifique, en conjurant les « trois forces », le « séparatisme, le terrorisme et l'extrémisme » et en gardant une « approche asymétrique » quant à l'intégration des vulnérabilités et des menaces dans le paradigme d'une guerre défensive ?

Dans ce contexte, les États-Unis qui disposent d'un budget supérieur à celui de toutes les autres puissances réunies (673 milliards de dollars par an) peuvent-ils rester indifférents aux défis portés à des alliés et répondre, en cas de crise par une stratégie chinoise d'allumage de « foyers de tension » autour de son territoire, afin de disperser les moyens de l'adversaire, de les désorganiser et de ralentir leurs manœuvres ?

En effet, les antagonismes qui se manifestent en Asie extrême orientale marquent l'opposition de mondes qui sont à la fois des pôles de puissances et des foyers de civilisation. Or, l'ère historique que nous vivons est dominée par la rivalité entre trois grandes régions politiques et culturelles, l'Amérique, la Chine et la Russie. Mais la réalité des enjeux internationaux tournent autour de la fonction directrice de l'unipolarisme multilatéral américain, de la centralité des États-Unis et du bipolarisme dissimulé du « condominium géopolitique » USA-Chine.

Autour de cette centralité des deux empires, américain et chinois, mais dans le même espace de rivalité, deux autres empires, l'Empire du Soleil Levant et l'Empire post-soviétique russe, observent des transformations de l'ordre et de l'environnement stratégique et nourrissent des revendications révisionnistes difficiles à maîtriser.

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