LE "NON" AU TRAITÉ DE LISBONNE.

Un commentaire sur le vote irlandais et ses issues.
Auteur: 
Spectator (pseudonyme)
Date de publication: 
16/6/2008

Avec le "non" au référendum sur la ratification du Traité de Lisbonne, les Irlandais, par l'exercice d'un « droit de véto » populaire, ont choisi leur place dans la marginalité insulaire de l'Union.

C'est là une province d'Europe, ancrée dans un particularisme politique teinté d'anxiétés nationalistes, à base éthnique et religieuse, qui fait de cette marque du Nord, les Balkans du Septentrion.

Longtemps assujettis aux deux empires, britannique et américain, le premier les a soumis, et humiliés, le deuxième les a encouragés et soutenus dans une lutte sans merci, qui est restée celle d'une décolonisation inachevée.

Venue au secours d'une longue stagnation historique, l'Europe a arraché la misère d'Irlande, de ses sombres perspectives d'antan.

En refusant de devenir, avec l'Europe, des acteurs de leur destin, ils ont joué au jeu des insoumis d'une Europe politique.

En réalité, l'espace culturel irlandais n'est guère celui du Continent.

C'est dans l'espace Atlantique que s'est forgée l'identité irlandaise moderne, entre deux îles à vocation globale, constituant les balanciers de leurs références intellectuelles et de leurs coordonnées historiques et les conditions mêmes de leur existence.

De son coté l'Union Européenne a franchi un seuil irréversible, celui d'avoir opté, dans les élargissements successifs et ultimes, pour la dépolitisation des contrats d'adhésion, sans contre-parties obligeantes et sans clauses d'engagement dans le monde, seuls compatibles avec une entreprise de portée historique, à la quête d'un leadership indispensable.

Le vote irlandais montre à l'évidence que la voie européenne n'est pas ancrée dans une affinité, ni même dans une patienté culturelle profonde, et qu'elle n'a guère d'options dans les exigences d'un avenir qui demande le pari de l'audace et celui de la confiance.

Ainsi confrontés aux choix décisifs, les Irlandais ont choisi encore une fois, avec l'insularité, et sous la fiction de la démocratie, la voie du rejet et celle de l'exclusion.

L'inacceptable revendication de neutralité par rapport aux enjeux mondiaux de puissance est incompatible avec la sécurité collective, si essentielle a l'Europe, à sa géopolitique et à sa défense et les relègue à des rôles internationaux subalternes, à la lisière des dernières illusions pacifistes, et à la périphérie des efforts, des renoncements et des contraintes.

Cette revendication prouve également que tout système d'intégration, sans responsabilités autonomes de défense est, soit acéphale soit subordonné. En effet elle est incompatible avec la mise en oeuvre de structures (de conception et d'action) capables d'agir sur la base d'intérêts propres. Le premier de ces interêts est la solidarité entre États-Membres, le deuxième est l'utilisation de la solidarité comme un élément d'équilibre dans le monde. C'est ce que signifie la volonté d'être soi mêmes et maîtres de son destin. Cette incompatibilité de fond avec l'UE est un message que comprendra et approuvera l'opinion européenne. C'est un message ferme, clair et univoque.

Le "non" qui s'est exprimé en Irlande est pour terminer, un vote tiers-mondiste, l'expression provinciale d'un affranchissement du Vieux Monde en quête d'autonomie, d'indépendance et de coopération. C'est, un dévoilement qui interdit de regarder avec attention à l'Eurasie et à l'évolution générale des pays du continent, déterminants pour l'avenir du monde. La place de l'Irlande demeure celle qu'elle a choisie, la voie d'une revendication sans issues, la voie d'une révolte sans coûts, combattue par les euro sceptique de l'empire de Murdoch , par personne interposée, qui, exaltant la dispersion de l'Union dans une économie-monde ingouvernable, craint les contraintes qui découleraient du référendum de la Grande Bretagne.

Ainsi, l'Irlande tourne le dos et à son seul avenir mondial, un avenir offert et démesurément grandi par l'Union.

L'heure est donc venue de dire a nos Balkans du Septentrion que leur rôle ne peut plus être le même dans la communauté continentale des nations, clairement européenne et résolument politique et qu'il est temps d'en sortir et sans regret, au prix du grand large, du caractère mondial de la responsabilité, et d'une Réalpolitik incontournable, s'exerçant dans un monde aux équilibres planétaires et précaires.

Cette sortie de l'Union suscitera un écho dirimant pour le processus de ratification et ses suites. Elle marquera un tournant indispensable pour l'avenir politique de l'Union, car elle rappellera haut et fort, à l'intérieur et à l'extérieur du continent, la vocation originelle et ultime de l'Union, celle de ne plus exister dépourvue de responsabilités mondiales.

Bruxelles, le 16 juin 2008 Spectator (pseudonyme)

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