L'ALLEMAGNE, LA RIGUEUR DANS LA ZONE-EURO ET LA GUERRE DES MONNAIES

Auteur: 
Irnerio Seminatore
Date de publication: 
8/11/2010

TABLE DES MATIÈRES

L'ALLEMAGNE. L'ENDETTEMENT ET LA RIGUEUR DANS LA ZONE EURO

UNE REVISION « LIMITÉE »DES TRAITES

L'ALLEMAGNE, BÉNFICIAIRE DE L'EURO ?

GUERRE DES MONNAIES ET GUERRE COMMERCIALE

SUR LE RÔLE DE LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE

L'ALLEMAGNE. L'ENDETTEMENT ET LA RIGUEUR DANS LA ZONE EURO

L'accumulation excessives des dettes, publiques et privées, est l'une des causes essentielles des risques systémiques et l'une des clés décisives de l'importance acquise par la coordination internationale en matière de politique macro-économique. Le volume de cet endettement est en Europe l'une des raisons fondamentales des mesures de rigueur adoptées par les pays de la zone euro, au sein de laquelle les États jouissent d'une grande autonomie budgétaire et fiscale.

Les mesures d'ajustements décidés au nom de la solidarité et en dépit de la fonction redistributive de l'Union Européenne en situation de crise, découlent du fait que la zone euro n'est pas une « zone monétaire optimale » et qu'elle est influencée par toute sorte d'externalités négatives, économiques ou politiques.

Aux turbulences financières, l'Europe répond par trois réactions:

  • Le refus de la guerre des monnaies et la volonté de réformer le système financier mondial;
  • le rejet du pessimisme sur la viabilité de la zone euro, monnaie politique par excellence;
  • l'intégration de la Chine dans un système reformé, en tenant compte des intérêts de celle-ci, qui sont tout autant économiques et sociaux, que géopolitiques et stratégiques.

En Europe les répercussions de la crise influent différemment sur les opinions et sur les objectifs de relance et l'ampleur de la crise incite les États et les opinions au désenchantement et à la rigueur et justifie l'étroite intimité de l'une et de l'autre.

Or la rigueur excessive à deux limites, psycho-politiques et sociales, la solidarité et la cohésion sociale. La première est de nature communautaire et se caractérise par une forte résistance à des transferts financiers ultérieurs, l'autre est de nature interne et prend la forme d'une rupture du pacte social.

UNE REVISION « LIMITÉE »DES TRAITES

 Ainsi face aux incertitudes qui pèsent sur la croissance et aux effets pervers du krach de 2000, l’hypothèse d’un risque systémique plane toujours sur l'économie mondiale. Ce risque exige une révision « limitée » des traités pour assoir et soutenir la stabilité monétaire de la zone euro et la relance de l'activité qui serait autrement freinée par des plans de rigueur draconiens. En effet, les incertitudes qui concernent la croissance pèsent sur les accords établis pour réformer le pacte de stabilité. Les modalités de cette révision concernent la « clause de non renfluement » d'un État en difficulté et exigent un amendement, demandé par Mme Merkel, pour éviter que la Cour Constitutionnelle allemande ne censure toute aide apportée à un pays aux abois. Le débat sur la gouvernance de la zone-euro à suscité un bilan contrasté sur les avantages et les inconvénients de l'euro pour l'économie allemande et a tourné autour de deux thèses opposées.

La première est la thèse soutenue par Martin Wolf et porte sur les bénéfices reçus par l'Allemagne de la création de la zone euro, la deuxième sur l'analyse développée par Hans-Werner Sinn, selon lequel l’interprétation de Wolf est erronée. La maitrise de la stabilité financière, soutient ce dernier, est une condition impérative pour éviter la matérialisation d'un risque systémique auquel aucun Etat ne saurait faire face d'ici à 2015. Ce débat est né des turbulences financières qui ont mis à mal la solidarité entre pays-membres dans le cas des mesures de sauvetage de la Grèce et de l'atout de l'économie allemande, dû à l'existence de l'euro.

L'ALLEMAGNE, BÉNFICIAIRE DE L'EURO ?

A qui a bénéficié la zone-euro? Telle est la question que tous les pays de l'Union devraient se poser et pour certaines économistes, cette question concerne principalement l'Allemagne. Hans-Werner Sinn, Président de l'Institut de Recherches Economiques de Munich soutient l'idée que depuis l'annonce de l'adoption de l'euro, au milieu des années 90, l'Allemagne est devenue le plus gros exportateur de capitaux après la Chine et que les 76% de l'épargne (des ressources privées, de l'Etat et des entreprises) a été investi à l'étranger, contre 24% seulement en Allemagne.

Cette hémorragie de capitaux dans les zones périphériques de l'Union (Sud, Sud-Ouest) expliquerait le boom immobilier en Espagne et Irlande et une augmentation inconsidérée de la consommation en Grèce, mais aussi en France, aboutissant à une croissance réelle élevée de ces pays, accompagnée d'une surchauffe inflationniste et d'une baisse de la compétitivité qui ont engendré d'importants déficits dans le commerce extérieur. Ces déficits n'étant rien d'autre que la contrepartie de l'importation des capitaux. Cette hémorragie de l’épargne aurait provoqué en Allemagne une dévaluation réelle des biens, provoquant une chute du marché immobilier et un marasme de l'économie intérieure de 18%. La dévaluation qui s’en est suivie a permis des excédents compensatoires d'exportation qui, couplés à une régulation sévère du marché de l'emploi et des dépenses sociales, a occulté, dans un marché des capitaux unique, les différences les taux d'intérêts, plus faibles en Allemagne et énormément plus élevés dans les pays sur-endettés (Grèce, Irlande, Espagne).

Exportation de capitaux et écarts dans les taux d'intérêt ont été un avantage selon H.W.Sinn pour les pays périphériques de l'Union et ont permis une inversion de l'investissement qui quitte désormais les pays à risque et se réinvestit à nouveau en Allemagne. Cette inversion de tendance permet au pays d'origine un excédent de capitaux, qui constitue le principal chef d'accusation qui lui est adressé. Selon Hans Werner Sinn « il est donc erroné d'interpréter les excédents d'exportation comme des excédents commerciaux », comme le voudrait le Ministre des Finances français Madame Christine Lagarde.

Le sens de ce débat porte sur la recherche d'une « issue de crise », signalé par le nouveau concept de « rilance », rigueur budgétaire, pour rassurer les marchés et relance monétaire, pour soutenir l'activité. Cette combinaison ne peut occulter trois impératifs liés, celui de la stabilité financière, celui de la régulation bancaire et celui de l'incertitude de la croissance. Trois orientations dans lesquelles l'Allemagne dispose des meilleures atouts et où les prévisions de croissance de l'activité est soutenue (de l'ordre d'une progression de 3,4 du PIB en 2010) avec une baisse du nombre des chômeurs qui descendent au dessous de la barre symbolique de 3 millions. Cette amélioration de la conjoncture sociale et les efforts d'une double redéfinition du système de régulation, budgétaire et bancaire, ne signifie nullement que la crise est jugulée mais qu’elle est assoupie. C'est pourquoi le système de la solidarité interne et infra-communautaire dans la zone euro, ne peut être durable sans une discipline budgétaire renforcée.

En effet, l'Europe ne peut se réduire à la situation allemande ni à la situation grecque, cependant que l'économie européenne est promise à des pressions diverses, internes et extérieure. Ce qui est cependant fondamental est la défense de la zone euro par la maitrise des maux qui pourraient la miner, la guerre des monnaies, l'instabilité financière et les difficultés de rebond de l'activité. La zone euro est un tout, dont profitent tous les pays européens car elle représente le bouclier économique et monétaire de l’Union, souffrant aujourd’hui du scepticisme ambiant et ayant besoin de réformes. En effet, de l’avis de Martin Wolf lorsque la confiance reviendra, surtout en Allemagne, les citoyens de ce pays auront intérêt à ce que la zone euro soit une réussite.

Selon cet éditorialiste économique du « Financial Times » et du « Monde », l'appartenance de l'Allemagne à la zone-euro lui procure deux avantages compétitifs inégalés, celui des marchés captifs et celui des taux de change incomparables. Quant aux marchés captifs, les partenaires économiques de l'Union absorbent les 40% des exportations de ses produits et services avec un point de force dans la marchine outil. Par ailleurs et à titre comparatif, ces exportations sont neuf fois plus élevées au plan nominal que celles de la Chine.

Par ailleurs l'intégration du marché des capitaux de la zone-euro a entrainé une convergence des taux d'intérêts et ceux-ci ont provoqué un redressement de l'Allemagne, malgré la saturation du marché mondial des capitaux. Ainsi, même si le plan de sauvetage de la Grèce a été conçu pour camoufler les pertes prévisibles des banques françaises et allemandes, le postulat selon lequel les Etats (ou puissances souveraines) ne sauraient être acculées à des défauts de paiement, pousse à concevoir les réformes presque exclusivement en termes de rigueur et de discipline budgétaire, lorsque en revanche des meilleures conditions de crédit aux entreprises et aux ménages, devraient permettre le redressement économique espéré et une inversion du « cycle ».

Au total, la réforme du fonctionnement de l'UE ne peut laisser passer le rappel que l'euro est une devise stable, dont le taux d'inflation a été inférieur de celui du Deustchmark et qui a permis de préserver l'économie des pays-membres et celle de l'Allemagne des chocs les plus violents de l'économie mondiale.

GUERRE DES MONNAIES ET GUERRE COMMERCIALE

La stabilité financière et la reprise des activités sont au cœur des préoccupations de tous les pays de la zone-euro et de l'ensemble des pays du G 20 qui se réuniront à Séoul les 11 et 12 novembre. Le but du G 20 est d'éviter des mesures protectionnistes unilatérales, visant à sauvegarder les exportations, car ces mesures pourraient provoquer un effondrement de l'activité mondiale. L'arme la plus importante pour agir en faveur de ses propres exportations est, de l'avis général, une monnaie faible, qui permet de doper le commerce extérieur et de baisser les prix des produits vendus à l'étranger. Ces manœuvres constituent une stimulation de la demande et de ce fait, un moteur de la croissance. Or, la technique la plus éprouvée pour la dévaluation d'une devise est de faire pression sur les taux de change d'une monnaie, par l'accumulation de réserves, obtenues par la vente de sa propre monnaie contre d'autres devises. La marge de manœuvre permettant d'atteindre cet objectif est faible, puisque le marché d'échange des capitaux est d'environ 4.000 milliards de dollars par jour.

Ainsi, les manœuvres d'ajustements internationales en cours exigent un effort collectif et un esprit de consensus entre les grandes économies de la planète puisqu’aucun des membres du G 8 ou de l'OMC ne peut espérer de régler unilatéralement ses propres déséquilibres macro-économiques par la voie du commerce. En cas de comportement non concerté, la dépréciation monétaire devient la rançon de toute sauvegarde solitaire de l'exportation et de la croissance. Une sous-évaluation monnétaire est donc, dans ces conditions, une subvention déguisée et une aide à l'exportation.

C'est la raison pour laquelle un retour au protectionnisme peut dégénérer en une guerre des monnaies et menacer le commerce mondial.

L'Allemagne en Europe et la Chine en Extrême Orient sont les principaux pays de crispation des querelles internationales, qui ont pour objet l'endettement, l'inflation et la régulation de la gouvernance globale, celle-ci ayant des effets directs et indirects sur l'économie mondiale.

En ce qui concerne l'Europe, les problèmes d'assainissement des déficits public supposent d'avoir une idée crédible sur la politique monétaire à mener au sein d'une zone-euro. Celle-ci fonctionne en effet à trois vitesses; une vitesse plus marquée de l'ordre de 3,4% (pour 2010) pour l'Allemagne, un pallier intermédiaire entre 1% et 2,5% pour des pays à vitesse moyenne, et des perspectives de croissance « très modestes », pour le peloton de queue.

Dans cette situation, quelles mesures de soutien à l'économie devraient être prises par la Banque Centrale Européenne? Quelles injections de liquidité devraient être décidées dans le système financier de l'euro-zone pour stimuler la croissance, en cas de risque de rechute de l'activité, comme en a alerté le FMI, en s'adressant le 20 octobre dernier à la BCE?

SUR LE RÔLE DE LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE

Dans un système institutionnel et financier aux équilibres délicats, cette alerte a suscité un débat sur le rôle de la Banque centrale européenne, dont l'orthodoxie lui assigne la fonction de « garante de la stabilité », qui fut la condition même de sa création. Or, l'Allemagne, en puissance économique dominante sur le continent et en seul « acteur vertueux » de la famille européenne, n'entend nullement que la crédibilité de la BCE soit mise en cause par une politique d'injection de liquidités et d'achat d'obligations comme cela s'est produit au au courant de la crise grecque.

L'Allemagne en effet, refuse à la BCE le rôle politique réclamé par d'autres pays et exercé par la FED américaine car elle refuse catégoriquement qu'elle outrepasse ses statuts et son mandat. La pratique « non constitutionnelle » de la BCE, consistant à conduire conjointement des politiques anti-inflationnistes et anti-déflationnistes, ne correspond guère à l'orthodoxie, défendue de moins en moins unanimement par le Conseil des Gouverneurs des Banques Centrales, car elle fausse les règles de la concurrence et ne correspond non plus à la proclamation de l'armistice, instaurée dans la guerre des monnaies à la réunion des Ministres des Finances du G 20 réunis à Gyeongju, en Corée du Sud. Un armistice établi dans la prévision de l'établissement d'un « code de bonne conduite » sur lequel se prononceront les Chefs d'Etat et de Gouvernement les 11 et 12 novembre à Séoul. L'objectif de la rencontre préparatoire de Gyeongju a été de débloquer le débat sur l'utilisation du niveau des taux de change qui sont susceptibles de fausser les règles du jeu commercial mondial.

Lors de cette réunion, le Secrétaire américain d'Etat au Trésor, Thimoty Geithner, a proposé de discuter des excédents d'exportations et donc des déséquilibres dans les balances courantes qui ont concerné jusqu'ici les relations internes entre les pays de l'euro-zone, pour aborder le cas des pays excédentaires ou déficitaires, qui se situent entre +4% et -4% de leur PIB, essentiellement la Chine et l'Allemagne.

Il est parvenu à conclure que « les Pays du G 20, ayant des excédents persistants doivent entreprendre des réformes structurelles, budgétaires et des politiques des taux de change, pour renforcer les sources ultérieures de croissance et soutenir la « demande mondiale ».

Dans cette perspective, l'enjeu fondamental de la période et pour l'ensemble de l'économie mondiale semble être le désendettement maîtrisé et donc le retour de la confiance, seules capables de stimuler l'investissement et la croissance future.

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