LA SOLIDARITÉ EUROPÉENNE À L'ÉPREUVE DE LA CRISE

Auteur: 
Konstantinos ALEXANDROPOULOS
Date de publication: 
17/8/2011

Introduction

La crise économique en Europe a mis à l’épreuve la cohésion d’une union de nature principalement économique et a testé fortement les limites de solidarité parmi ses pays-membres.

Suite à la crise financière en Grèce à la fin de 2009, l’Union européenne a du faire face pour la première fois au danger de l’effondrement économique d’un de ses membres et plus important, un des composants de la zone euro.

La réponse de l’union peut avoir sauvé temporairement l’économie grecque, mais elle n’a pas aboutie à une solution durable. De plus, la contagion de la crise d’abord en Irlande et par la suite au Portugal, a montré une fois de plus que la crise ne concerne pas qu'un nombre restreint de pays et qu’une approche globale est plus que jamais nécessaire.

De l’autre côté, l’instabilité provoquée par le printemps arabe a eu des répercussions sur le sol européen, en créant une crise de caractère à la fois économique, politique et humanitaire. La menace d’un flux migratoire en provenance des pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient touche les pays méditerranéens de l’Union, comme la Grèce, l’Italie et la France. Ces événements s’ajoutent aux difficultés déjà existantes dans ces pays liées tant au contrôle de l’immigration clandestine sur leur territoire qu'à l’intégration économique et sociale des immigrés.

Le but de cette étude et de traiter la notion de la solidarité européenne sur deux axes. Premièrement, elle va examiner la réaction européenne face à la crise financière grecque, irlandaise et portugaise, ainsi que la solution proposée à travers le pacte pour l’euro.

Deuxièmement, à partir de la crise migratoire sur la rive sud de la Méditerranée, l’étude va aborder la question de la gestion de l’immigration illégale en Europe (surtout en Grèce et en Italie), en combinaison avec le débat continu sur les problèmes d’intégration sociale des immigrants (comme dans le cas de la France).

La crise actuelle présente une opportunité pour les pays européens de tester si l’intégration économique peut accompagner une intégration politique et sociale. L’augmentation des tensions politiques et sociales à l’intérieur de l’Union rend la coordination politique et la promotion d’un esprit solidaire essentielles.

 

I. La crise financière et la réponse européenne

Au début de 2010, émergent des craintes d’une crise de dette souveraine concernant quelques États européens, notamment trois membres de la zone euro, la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Ceci a mené à une crise de confiance aussi bien qu'à l’augmentation des écarts de rendement et des risques d’assurance des couvertures de défaillance entre ces pays et d’autres membres de l’UE, avant tout l’Allemagne. Le souci concernant les déficits publics et l'augmentation du niveau de la dette à travers le mode, ainsi qu’une aggravation de la dette des gouvernements européens, a alarmé les marchés financiers.

Lorsque la crise grecque a éclaté, l’Europe s’est divisée sur la réponse et n’a pas su envoyer un message de solidarité fort de nature à calmer les marchés financiers et à diminuer la course spéculative. Ces retards ont laissé se développer des risques de contagion, en révélant les dysfonctionnements dont elle souffre : manque de réactivité, incapacité de mener une action européenne coordonnée, tergiversations de l’axe franco-allemand.

Le 9 mai 2010, les ministres des finances de l’Europe ont approuvé un paquet de sauvetage d'une valeur d'environ un trillion de dollars afin d’assurer la stabilité financière à travers l’Europe, en créant le Fond européen de stabilité financière (FESF). En 2010, la crise de dette a été en grande partie liée à la situation grecque, où il y avait le souci concernant le coût croissant du financement de la dette du gouvernement. Le 2 mai 2010, les pays de la zone euro et le Fond monétaire international ont approuvé un prêt de €110 milliards pour la Grèce, à la condition de l’exécution de mesures d’austérité dures. Le renflouement grec a été suivi d’un paquet de sauvetage de €85 milliards pour l’Irlande en novembre 2010, et un renflouement de €78 milliards pour le Portugal en mai 2011.

 

La crise de déficit en Grèce

La croissance grecque était l'une des plus dynamique de la zone euro pendant les années 2000 ; entre 2000 et 2007 elle s’est développée à un taux annuel de 4,2% pendant que les capitaux étrangers inondaient le pays.1 Une économie forte et des écarts de rendement en baisse ont permis au gouvernement grec d’encourir de grands déficits structurels. Les grands déficits publics sont l’une des caractéristiques qui ont marqué le modèle social grec depuis la restauration de la démocratie en 1974. Après le retrait de la junte militaire, le gouvernement a voulu intégrer des éléments de la société civile (au sein d'une population orientée en principe plutôt à gauche) dans la gestion de l'activité économique.2 Pour cela, les gouvernements grecs successifs ont, notamment, créé de grands déficits pour financer des travaux de secteur public, des pensions, et d’autres prestations sociales. Depuis 1993 la dette publique est demeurée au-dessus de 100% du PIB.3

Au commencement, la dévaluation de la monnaie aidait au financement de l’emprunt. Après l’introduction de l’euro en janvier 2001, la Grèce pouvait emprunter en raison de faibles taux d’intérêt. La crise financière qui a commencé en 2007 a eu un grand impact sur la Grèce. Les deux plus grandes industries du pays, le tourisme et le transport maritime, ont été affectés, avec les revenus en baisse de 15% en 2009.

L’ampleur du déficit budgétaire de la Grèce et le fait que des données statistiques ont été intentionnellement esquivées4 pour continuer à respecter les critères de convergence de Maastricht, ont donné lieu à des commentaires extrêmement négatifs de la part des autorités de l’UE et à l’inquiétude croissante de la part de plusieurs capitales européennes.

Le mauvais moment que la Grèce a expérimenté sur les marchés financiers (avec les spreads de crédit grec surpassant les 600 points de base au-dessus des Bunds allemands et les banques grecques risquant le blocage du financement de la Banque Centrale européenne suite à la dévaluation de la dette grecque par Fitch, S&P et Moody’s) a donné lieu à un besoin urgent d'un appui de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne, afin de rassurer les marchés mais surtout pour survivre.

 

La crise bancaire en Irlande

L’Irlande fut le premier à connaitre le même sort que la Grèce, même si sa situation est considérablement différente. Contrairement à la Grèce, l’Irlande a longtemps connue une croissance et ses finances publiques étaient saines, à tel point que le pays fut surnommé le « Tigre celtique » (en référence aux Tigres asiatiques). Malgré cela, l’Irlande a été beaucoup plus touchée par la crise des subprimes en 2008, notamment en raison d’une bulle immobilière. En 2010, le pays fait face à une grave crise bancaire et plusieurs de ses banques (notamment la banque Anglo) au bord de la faillite doivent être renflouées.

En septembre 2010, l’Irlande a dû se porter au secours de ses banques ce qui provoque une augmentation considérable de son déficit public qui atteint 32% du PIB. Le pays hésite à demander l’aide du Fonds européen de stabilité financière, à la fois pour des raisons de fierté nationale et craignant de devoir modifier son impôt sur les sociétés qui a contribué à son succès mais qui est jugé «non coopératif» par les autres pays européens. Finalement, l’Irlande a dû recourir au mécanisme du Fonds européen de stabilité financière de peur qu’une contagion suivrait au Portugal voire à l’Espagne.

Fin novembre 2010, un accord est trouvé entre l’Irlande, l’Union européenne et le FMI. Le pays recevra des prêts pour 85 milliards d’euros dont 35 seront consacrés à la recapitalisation des banques.5

 

La contagion de la crise au Portugal

Le Portugal n’a pas connu de boom économique de même ampleur que la Grèce et l’Irlande, suite à l’entrée dans l’euro. Après une période de forte croissance dans les années 1980, le pays est rentré dans une longue stagnation vers la fin des années 1990, notamment en raison d’un manque de compétitivité par rapport aux nouveaux membres du marché unique. Vers le milieu des années 2000, le PNB par habitant est parmi les plus faibles de la zone euro, le taux de croissance est au point mort et le gouvernement a du mal à tenir ses finances publiques dans le cadre des critères de Maastricht.

Malgré ces problèmes structurels, le pays aborde la crise de 2008 sans les dérives de marché qui finiront par provoquer la perte des économies grecque, espagnole et irlandaise: pas de bulle immobilière, pas de défaut des banques, pas de camouflages financiers à la grecque. Le niveau de la dette est également resté raisonnable.

Suite à la panique des marchés sur la dette grecque, le gouvernement Socrates a pris des mesures ambitieuses pour éviter de se retrouver dans l’œil du cyclone. Les salaires publics sont gelés ou diminués de 5%, le taux de TVA passe de 20 à 23% et de nombreuses dépenses gouvernementales sont réduites. La plupart de ces mesures sont entrées en vigueur en janvier 2011 et se font fortement ressentir par la population.

Malgré cela, les marchés ont perdu confiance et les taux d’intérêts sur la dette publique se sont envolés de manière insoutenable. En mars 2011, le budget proposé par le gouvernement minoritaire, accompagné de nouvelles mesures d’austérité, est rejeté par le Parlement, un plan de secours européen est devenu inévitable.6

En mai 2011 le Portugal obtient finalement un accord pour recevoir une aide financière de 78 milliards d'euros sur trois ans de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) et va bénéficier de conditions plus favorables que dans les cas de la Grèce et l’Irlande. De la somme totale, le FMI apportera 26 milliards d'euros et l'Union européenne les 52 milliards restants.

 

La réponse européenne et les reformes institutionnelles

La création d’un mécanisme temporaire de gestion des crises

Pour faire face à la peur des marchés et éviter que la crise grecque ne s’étende à l’Espagne, au Portugal voire à l’Italie, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a été créé lors d’un sommet exceptionnel des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro à Bruxelles le 9 mai 2010, en devenant opérationnel le 4 août 2010, suite à la ratification de ses statuts par l’ensemble des pays de la zone euro.

Le FESF peut contracter des emprunts, avec la garantie des États membres de la zone euro, en faveur d’un pays rencontrant des difficultés de solvabilité (crise de la dette). Il fait partie du dispositif d’intervention européenne, qui se décompose en deux temps : la Commission européenne peut emprunter à la place de l’État en difficulté 60 milliards d’euros, gagés à hauteur du budget européen. Éventuellement, dans un deuxième temps, les États membres peuvent être amenés à emprunter directement en leur nom ou à apporter leur garantie aux emprunts émis par le FESF, pour un total maximal de 440 milliards d’euros. Ces interventions (500 milliards d’euros) pourront être combinées avec celle du Fonds monétaire international (250 milliards d’euros), un montant total de 750 milliards d’euros pouvant ainsi être mobilisé. Le coût que le FESF devra consentir pour émettre de la dette dépend de la note que lui attribueront les grandes agences de notation financière : il devrait en théorie recevoir la note maximale "AAA".7

La loi du 7 juin 2010 sur les finances rectificative pour 2010 fixe à hauteur de 111 milliards d’euros la garantie maximale accordée par la France au FESF. La durée de vie de ce fonds est limitée à trois ans, soit jusqu’au 30 juin 2013.8

 

Le passage à un mécanisme permanente de traitement des crises

Le Conseil européen est convenu qu’il était nécessaire que les États membres de la zone euro mettent en place un mécanisme permanent de stabilité, le mécanisme européen de stabilité (MES). Ce mécanisme sera activé d’un commun accord, si cela est indispensable pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble. Le MES remplira le rôle du Fonds européen de stabilité financière (FESF) en fournissant, après juin 2013, une assistance financière extérieure aux États membres de la zone euro.

Le MES est destiné à remplacer le fonds européen de stabilisation financière à partir de la mi-2013. Elle est une organisation nouvelle de droit public international établie par un traité entre les États membres de la zone euro, avec le but d’apporter une assistance financière aux États de la zone euro touchés ou menacés par de sévères difficultés financières afin de sauvegarder la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble.

Le MES sera doté d’une capacité d’intervention financière effective de 500 milliards d’euros qui sera assurée grâce à la constitution d’un capital total de 700 milliards d’euros, composé de 80 milliards d’euros de capital libéré et de 620 milliards d’euros de capital appelable.9

Chaque État contribuera au capital du MES en fonction d’une clef de répartition basée sur les contributions au capital de la BCE ajustée marginalement pour tenir compte de la richesse relative des pays.

 

Le pacte pour l’Euro

Lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro du 11 mars 2011, il a été décidé de créer une coordination renforcée des politiques économiques intitulée pacte pour l’Euro (l’idée avait été initialement proposée par l’Allemagne sous la dénomination pacte de compétitivité). La Bulgarie, la Roumanie, la Pologne, la Lettonie, la Lituanie et le Danemark ont décidé de s’y joindre lors du Conseil européen du 24 mars.

Ce pacte repose sur quatre règles: renforcer la gouvernance économique de l’Union européenne, favoriser la compétitivité et la convergence des compétitivités des États, respecter l’intégrité du marché unique et impliquer les pays membres.

Plus particulièrement, il comprend des lignes directrices sur les domaines suivants :

- salaires

Le pacte souligne que les pays devront "garantir" que "l’établissement des salaires dans le secteur public soutient les efforts de compétitivité dans le secteur privé", ce qui revient à garantir une modération salariale. Pour éviter des dérapages entamant la compétitivité, "les unités de coût salarial seront surveillées sur une période donnée" en les comparant avec d’autres États. Les salaires devront évoluer "en ligne avec la productivité".

- emploi

Des réformes des marchés du travail devront être menées, pour rendre l’emploi plus attractif et pour faire mieux correspondre l’offre et la demande. Des réformes fiscales sont encouragées, telles qu’une "baisse de l’imposition du travail".

- retraite

Le projet précise que les pays devront veiller "à la soutenabilité des systèmes de retraites, de soins et de prestations sociales". Les réformes "pourraient inclure" un "alignement des systèmes de retraite avec la situation démographique nationale, par exemple en alignant l’âge de la retraite avec l’espérance de vie".

- finances publiques

Les pays sont invités à adopter des mécanismes de "frein à la dette", les obligeant à prendre des mesures pour la réduire lorsqu’un seuil trop important est atteint. Mais ils pourront choisir le moyen d’y parvenir : "Les États membres conserveront le choix du véhicule juridique national qui doit être utilisé".

- fiscalité

Le pacte encourage un rapprochement des politiques nationales. "Développer une assiette fiscale commune pour l’impôt sur les sociétés pourrait" être un "moyen d’avancer afin de garantir la cohérence des systèmes fiscaux nationaux, tout en respectant les stratégies fiscales nationales10


Critique des mesures économiques adoptées

En théorie, les mesures prises ont pour objectif de stimuler la convergence des économies et de briser les « entraves à la croissance » car « la reprise (européenne) est plus lente qu’ailleurs en raison d’une faible croissance de la productivité ».11

L'Europe se réfugie derrière le principe de subsidiarité pour ne pas renforcer la convergence sociale et se limiter à des mesures macroéconomiques. En réalité, la politique économique européenne fait pression sur les systèmes de protection sociale ou du travail sous couvert d’une nécessaire «soutenabilité » et de flexibilité.

Deux critiques principales peuvent être formulées. D’un côté, les mesures diminuent dangereusement les moyens de protection sociale. Ensuite, elles ne permettront pas de répondre à une nouvelle crise financière car les marchés demeurent peu contrôlés.

Plus particulièrement :

  • Assainir les finances publiques pourrait mener à réduire les dépenses et/ou à augmenter les recettes. Les États qui ont un déficit important devraient encore renforcer l’austérité. Pourtant, il y a toujours l’intérêt de la dépense publique notamment en ce qui concerne les dépenses sociales.

  • Supprimer la possibilité de faire des déficits va conduire à limiter les investissements « non rentables » (crèches écoles, etc.). Ne pas permettre ce déficit égale à imposer une austérité absolue. Permettre un déficit raisonnable est un gage de souplesse pour mettre en œuvre des politiques.

  • Augmenter les recettes en favorisant la fiscalité indirecte est régressive car cette fiscalité touche avant tout les faibles revenus et pénalise la consommation

  • Réduire la surprotection des travailleurs bénéficiant de contrats à durée indéterminée, c’est précariser l’emploi.

Comme il a été prouvé par les démonstrations récentes à l’échelle européenne, les projets d’austérité pourraient marquer une remise en cause historique des droits sociaux en Europe et, du même coup, faire monter les sentiment anti-européens.

 

II. Le défi migratoire et la solidarité communautaire

Si pendant la dernière année la dette souveraine excessive a mis en danger le projet européen, c’est les réfugiés Nord Africains qui semblent présenter actuellement le plus grand danger à l'unité européenne. Comme l'euro a lutté contre sa plus grande crise au cours de l'année, le régime de Schengen est mis à l’épreuve par le populisme et la re-nationalisation politique à travers l'UE.

 

Entre un besoin de main-d’œuvre et la lutte contre l’immigration clandestine

Depuis plus de vingt ans, l’Europe doit faire face au vieillissement démographique et aux pénuries structurelles de main-d’œuvre qui sont les deux principaux facteurs de la poursuite des politiques d’immigration dans tous les pays européens. Pourtant, le contrôle des flux migratoires et la lutte contre l’immigration clandestine restent prioritaires sous la pression des opinions nationales, qui considèrent l’immigration comme une menace pour leur société et les acquis de l’État providence. Chaque pays européen a cherché à traiter à sa manière ces deux tensions contradictoires alors que la construction de l’Union européenne les incite à harmoniser leur politique migratoire.

Les pays européens ont avancé progressivement vers une politique migratoire commune. Ils ont d’abord adopté une série de dispositions :

  • les accords de Schengen en 1985, qui ont supprimé les frontières intérieures à l’Union (à l’exception du Royaume-Uni, de l’Irlande et du Danemark) tout en renforçant les frontières extérieures ;

  • la convention de Dublin en 1990, qui a fixé les conditions d’examen des demandes d’asile ;

  • les accords de La Haye en 2004, qui ont harmonisé la lutte contre l’immigration irrégulière.

Dans un deuxième temps, l’inclusion des politiques d’entrée et d’asile dans un processus de décision intergouvernementale (prévu par le traité d’Amsterdam en 1997) a débouché sur la communautarisation des politiques migratoires à partir de 2004. Celle-ci va dans le sens du durcissement des conditions d’entrée.

La communautarisation des politiques d’immigration et d’asile reste encore inaccomplie puisque beaucoup de pays européens se sont donnés des délais pour mettre en œuvre certains traités. Cette situation sous-tend indirectement l’immigration clandestine, le travail au noir et le nombre des déboutés du droit d’asile au sein de l’Union.12

De nos jours, l’accent est mis sur la lutte contre le vieillissement et les manques de main d’œuvre exhortant certains pays à mettre en place des politiques implicites ou explicites de quotas afin d’attirer les migrants les plus qualifiés sur leur territoire.

 

La crise de Lampedusa et le contentieux franco-italien

Les relations franco-italiennes ont été mises à l’épreuve en mars et avril 2010 à cause de l'agitation sur l’afflux des migrants illégaux suite au réveil pro-démocratique arabe à la rive sud de la Méditerranée et, en deuxième plan, à l'intervention militaire occidentale en Libye. Selon l'UNHCR13, plus de 20.000 personnes ont débarqué sur l'île italienne de Lampedusa cette année, presque tous de Tunisie, tandis que plus de 800 sont arrivés à Malte, en grande partie de Libye.

Suite à l'important flux migratoire et à ses conséquences humanitaires, le gouvernement italien a essayé d'y faire face, en créant des centres d'accueil provisoire dans plusieurs régions du pays. Face à la demande des migrants d'obtenir du statut de réfugié politique et pour éviter des révoltes dans les centres d'accueil, le gouvernement Berlusconi a décidé de délivrer des permis de séjour temporaires de trois mois, dans l'espoir que les citoyens tunisiens choisissent d'exploiter la libre-circulation de l'espace Schengen pour rejoindre d'autres pays, notamment la France. La réaction du gouvernement français était de renforcer de façon drastique les contrôles à la frontière franco-italienne de Vintimille.

Pendant la réunion des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne en avril 2010, l'Italie et Malte ont proposé à l'UE à activer la directive 55 de 200114 pour accorder la protection provisoire aux migrants en cas de « afflux de masse » et pour partager la charge d'absorber des nouveaux arrivants. Les ministres européens, guidés par l'Allemagne et la France, ont rejeté la demande italienne, en disant que l'Italie faisait face à un afflux de migrants « économiques » et non pas à des réfugiés politiques d'une part, et que d'autre part un afflux de 20.000 à 30.000 personnes était tout à fait gérable pour un pays de 60 millions d'habitants. La Commission européenne a choisi de contribuer par d'autres moyens comprenant l'argent et les équipes supplémentaires de surveillance fournies par la Frontex, l’Agence européenne de surveillance des frontières extérieures de l’Union.

Il faut noter que le déplacement des migrants vers l'Italie est toujours limité en comparaison avec le flux des réfugiés au sein de l'Europe (principalement vers l'Allemagne) pendant les Guerres des Balkans, en réponse auxquelles la directive d'UE a été adoptée.

Néanmoins, Roberto Maroni, ministre de l'Intérieur d’Italie, a accusé l'UE d’avoir abandonné l'Italie dans cette mission difficile, en remettant même en question l’intérêt d’appartenir à une union qui manque de solidarité en temps de difficulté.

Malgré le fait que des tels commentaires ne sont pas entièrement inattendus d'un principal membre de la Ligue du Nord, personne ne s'attend à ce que l'Italie, un membre fondateur de l'UE, commence des démarches pour se retirer.

Suite au 29ème sommet franco-italien en avril 2011, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ont tourné la page après plusieurs semaines de tension, en lançant en même temps une initiative commune pour demander la révision du traité européen de Schengen sur la libre circulation des personnes. Rome et Paris se sont déclarés en faveur d'un rétablissement temporaire des contrôles aux frontières internes en cas d'afflux migratoires, une option que la Commission européenne semble être prête à examiner.

 

L’immigration clandestine en Grèce : une menace pour Schengen

Parmi les autres reculs dans la construction d'une Europe sans frontière, l’Allemagne, la France et d'autres États ont bloqué l'admission de la Bulgarie et de la Roumanie à Schengen ces derniers mois. Les deux pays balkaniques sont considérés comme devant faire encore trop de progrès en matière de réforme de la justice, et de lutte contre la corruption et le crime organisé. C’est un point d’arrêt important dans leur volonté de rejoindre l’espace Schengen, car la décision doit être prise à l’unanimité des pays membres de l’Union européenne

En même temps, la Grèce continue à montrer une incapacité à contrôler la frontière du sud de l'UE, face à l'arrivée des milliers de migrants du Moyen Orient.

Ces dernières années, la Grèce est devenue la destination principale de la immigration illégale dans l'UE. Ses contrôles aux frontières ont été relâché et son système de traitement d’asile est lent et incertain (le taux d'approbation pour les applications d'asile est minimal comparé à d'autres pays d'UE).

Pour aider la Grèce à freiner l’immigration clandestine, Frontex a déployé une équipe d’intervention rapide (RABIT pour Rapid Border Intervention Team) en novembre 2010. La patrouille de Frontex, composée de 175 personnes, a eu pour mission de venir en aide aux autorités grecques pour lutter contre l’immigration illégale en provenance de la Turquie.

Pour la même raison, le gouvernement grec a annoncé la construction au long du fleuve Evros, frontalier avec la Turquie, d’une barrière de plus de 12 kilomètres, une initiative contestée par la Commission européenne15, malgré son aide de financement pour des travaux similaire, comme la barrière à Ceuta qui sépare Maroc de la ville autonome espagnole au côté africain.

Malgré ces mesures, la situation demeure toujours problématique. La crise économique a rendu la restructuration du système d’asile encore plus difficile. L'État grec a été condamné par la Cour européenne des droits de l’homme en janvier 2011 pour la violation de droits de l’homme et la détention dans des condition inhumaines d’un réfugié16. Depuis, plusieurs pays européens (Allemagne, France, Grande Bretagne, Danemark, Pays-Bas) ont suspendu le transfert des demandeurs d’asile en Grèce.

Le règlement Dublin II, qui a été voté par le Parlement grec en 2003, est prouvé extrêmement inefficace dans la gestion du problème d'immigration. Le règlement vise à «déterminer rapidement l'État membre responsable pour une demande d'asile» et prévoit le transfert d'un demandant asile vers cet État membre17. En principe, l'État membre responsable sera l'état par lequel le demandeur d'asile a premièrement fait son entrée dans l'UE. Par conséquent, toute la pression est mise sur les épaules des pays qui sont aux frontières externes de l'UE. La Grèce est l'une d'entre elles, acceptant plus de 90% des immigrants illégaux entrant dans l'Europe. Pour cette raison, le gouvernement grec a demandé la révision du règlement et a joint Malte, la France et l’Italie dans le débat sur la révision des accords de Schengen.

 

Crise migratoire, solidarité contestée

La crise de Lampedusa a mis les Européens face à un défi, gérer ensemble un important afflux migratoire. Prise en otage par des combats aux enjeux nationaux et politiciens, l'Union européenne aura bien du mal dans ce contexte à produire une politique commune juste et équilibrée en matière d'immigration. Son immobilité en ce domaine risque bien de renforcer les discours xénophobes et populistes.

Des exemples, comme le veto franco-allemand contre la demande italienne de solidarité ne font pas avancer les débats, pas plus que l'approfondissement politique européen. Il est en effet difficile de ne pas reconnaître les contextes électoraux et les enjeux politiques nationaux. Une fois de plus des membres de gouvernements apparaissent incapables de voir au-delà de la prochaine échéance électorale nationale.

L'union européenne, confuse devant les changements politiques critiques au sein de la région, présente actuellement un déficit de gouvernance. En dépit des exercices sur carte au sujet d’une union euro-méditerranéenne, des règles communes d'entrée et d'asile et de l'élaboration de politiques de développement à destination des pays d'origine, elle n’arrive pas à produire, en temps de crise, des politiques réellement communes.


Le nouveau cercle des pays d'immigration comme la Grèce, l'Italie, la France et l'Espagne sont la priorité. La doctrine « chacun pour soi » ne peut pas réussir et conduit au manque d’une politique européenne commune et intensifie l'exclusion sociale. La nouvelle immigration est une question qui concerne l'avenir de l'Europe et sa gestion doit se fonder sur la solidarité de ses pays.

 

III. La solidarité européenne antidote à la crise?

Un an après le « sauvetage » de la Grèce, il parait justifié d'encourager la manière dont la zone euro a géré la pire crise de sa jeune histoire. En effet, la digue financière de 750 milliards d'euros mise en place pour faire face aux séismes a tenu le choc. La Grèce, l'Irlande et le Portugal, trois pays qui seraient incapables de financer le service de leur dette sans l'aide européenne, font toujours partie de la zone euro, tandis que la monnaie commune elle-même n'a pas éclaté.

Pourtant, rien n'est véritablement réglé, ni en Grèce, ni dans les pays dits périphériques, ni même dans le reste d'une zone euro surendettée. En dépit du plan d'aide et des démentis des responsables européens, la Grèce n'a pratiquement aucune chance de se redresser sans une restructuration de sa dette. Le pays est en forte récession, les impôts se collectent difficilement et l'effort fondamental pour assainir ses finances publiques se confrontent aux limites d'une économie peu compétitive. Parallèlement, la situation des autres pays périphériques (Espagne, Italie) est moins dramatique mais reste problématique, tandis que le Portugal reste handicapé, comme la Grèce, à cause du manque de compétitivité de son économie.

En même temps, le retour des politiques nationalistes et populistes à travers l’Europe, alimentées par l’incapacité actuelle de coordonner la gestion du mouvement migratoire, constitue encore une menace pour l’unité européenne. La dispute franco-italienne sur les immigrants Tunisiens et les réactions des gouvernements européens face au défi de l'immigration a montré que malgré les belles paroles, les priorités nationales continuent à dévaluer la perspective d’une union réellement intégrée.

La crise qui se développe cette année a pointé de manière flagrante les faiblesses de la construction européenne, tant au niveau politique que au niveau institutionnelle. Face aux problèmes qui concernent l’ensemble des pays du continent, l’appel à la solidarité n’est plus un choix stratégique, mais une décision existentielle pour l’avenir des pays membres.

L'idée européenne est déjà en danger, mais pour le moment il n'y a pas d'alternative. Au début du 20ème siècle les Européens comptaient pour le 25% de la population mondiale. À la fin du 21ème siècle ce ne sera plus que cinq pour cent. Si les États européens continuent sur cette voie, mus par leurs propres intérêts, ils risquent de ne plus peser sur le scène internationale.

 

1  "Greece: Foreign Capital Inflows Up”, Bureau de Presse, Ambassade de Grèce en Pologne. 17 September 2009

2“Back down to earth with a ban”, Kathimerini (édition anglaise). 3 mars 2010

3« Onze questions-réponses sur la crise grecque », Economie-Nouvelobs.com, 2 mai 2010

4“ EU stats office: Greek economy figures unreliable”, Associated Press, 12 janvier, 2010

5“ Ireland secures 85 billion euro EU aid package”, France24.com, 28 novembre 2010

6 « (Indi)gestion de crises au Portugal », eurosduvillage.eu, 26 avril 2011

7 http://www.efsf.europa.eu/about/index.htm

8 Communiqué de presse, Conseil européen, 9 mai 2010

http://www.consilium.europa.eu%2FshowFocus.aspx%3Flang%3Dfr%26focusID%3D478&ei=2jbZTerZFc_qOYv4zeEP&usg=AFQjCNEfBfcarjGaKy3JZfMubcQsT4DHGQ&sig2=I0I06x0AfgcST6TVl40HUg

9 Conclusions des chefs d'état ou de gouvernement de la zone euro, 11 mars 2011

http://www.consilium.europa.eu//uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ecofin/119814.pdf

10Conclusions des chefs d'état ou de gouvernement de la zone euro, 25 mars 2011

http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ec/120305.pdf

11 Jean-Paul BUFFAT, Jeremy UHR : « Gouvernance économique européenne : analyse critique et propositions », mars 2011, Institut Emile Vandervelde

12 http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-c...

13 http://www.unhcr.org/4d9dd7c09.html

14 http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2001:212:0012...

15 http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-12109595

16 http://www.forumrefugies.org/en/Actualites/Europe/La-Grece-comdamnee-par...

17 http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:32003R0343:E...

 

BIBLIOGRAPHIE


Documentation officielle :

Conseil de l’Union européenne

Déclarations des chefs d'état ou de gouvernement de la zone euro, 11 mars 2011

http://www.consilium.europa.eu//uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ecofin/119814.pdf

Compte rendu du conseil de l'Union Européenne, 15 mars 2011

http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ecofin/119918.pdf

Conclusions des chefs d'état ou de gouvernement de la zone euro, 25 mars 2011

http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ec/120305.pdf

 

Commission européenne

La crise financière et économique – Chronologie

http://ec.europa.eu/economy_finance/focuson/crisis/2010-05_en.htm

Europe 2020 : La réponse de l'UE à la crise économique et financière, 10 mai 2011

http://ec.europa.eu/europe2020/priorities/exiting-the-crisis/index_fr.htm

 

Études indépendantes :

Klaus Busch: “Gouvernement économique européen et coordination des politiques salariales - la crise de la zone euro appelle des réformes structurelles”, mai 2011, Friedrich-Ebert-Stiftung

Jean-Paul BUFFAT, Jeremy UHR : « Gouvernance économique européenne : analyse critique et propositions », mars 2011, Institut Emile Vandervelde

Philippe d’Arvisenet: “ Crise de la dette souveraine en Europe”, Revue Conjoncture des Études Économiques de BNP Paribas, janvier 2011

A.D. Papagiannidis and Nikos Frangakis: “Greek debt crisis strains the EU’s commitment to European solidarity”, EU-27 Watch No. 9, juillet 2010

 

Sélection indicative d’articles de presse:

Der Spiegel

Den Europäern fehlt es an Gemeinsamkeiten, 16 mai 2011

Les Echos

Nicolas Barré : « Apprendre de la crise grecque», 09 mai 2011

Eurosduvillage.eu

Dossier special : L’Europe face à la crise, 26 avril 2011

December18.net

Immigration : l'Union européenne redécouvre les frontières, 15 avril 2011

Handelsblatt

Katharina Kort: «Europäer beweisen bei Flüchtlingen ihren Egoismus», 12 avril 2011

The Economist

The next European crisis: boat people, 11 avril 2011

The unstoppable flow, 17 février 2011

France Inter

Bernard Guetta : « La solidarité européenne et son revers», 7 avril 2011

Euractiv.fr

Le pacte pour l’euro divise l’UE, 28 mars 2011

Marianne 2

Tefy Andriamanana: « Face aux crises migratoires, Bruxelles est dans les choux », 2 mars 2011

Tefy Andriamanana : « Lampedusa illustre la désunion européenne sur l'immigration », 15 février 2011

Le monde

La crise de la zone euro, mode d'emploi, 18 novembre 2010

Die Presse

Krise der Achse: Zerbricht Europa? , 20 mai 2010

 

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