NOTES SUR LE PROCÈS DU CAPITALISME, DU NEO-LIBERALISME ET DE LA CONCURRENCE.

Vers une fin de la démocratie?
Auteur: 
Irnerio Seminatore
Date de publication: 
17/4/2012

Si l'économie classique était politique, l'économie mondiale est géopolitique. Dans le premier cas le choix de valeurs dans l'allocation des ressources de la part des acteurs, privés ou publiques influait sur la distribution ou sur l'investissement, ou encore sur la marche d'une économie de la demande ou de l'offre.

Cela valait pour une parcelle de la planète et pour un espace économique national et donc relativement limité.

Dans une économie globalisée, ces choix, qui étaient autrefois l'apanage des acteurs publics, les partis politiques, ou des acteurs privés, les forces de marché, résultent aujourd'hui d'acteurs financiers décidant de l'allocation transnationale des capitaux. Au même temps ces acteurs étatiques, regroupés en zones économiques ou en blocs régionaux, définissent de plus en plus les standards d'optimalité des investissements et leurs rentabilités.

Ansi des grandes régions économiques et monétaires sont en concurrence entre elles et dessinent le nouveau paysage de l'économie mondiale dont l'état de fonctionnement est unifié par les échanges, par la nature erratique des capitaux et par une régulation imparfaite?

Cependant l'économie globale ne s'est pas encore affranchie des économies nationales ni des grandes orientations de l'économie politique classique.

Cette dialectique alimente aujourd'hui un débat entre libre échange et protectionnisme, autrement dit la recherche d'une réciprocité de traitement entre acteurs nationaux, taxations sociales respectives et transitions vers un nouveau modèle de développement.

En effet la dérégulation de l'économie intervenue avec la révolution « conservatrice » des année quatre-vingt et la doctrine du « moindre État » reaganienne et tatchérienne n'a pas empêché l'accroissement des distorsions de la concurrence ni l'approfondissement des déséquilibres internationaux.

Malgré l'ambiguïté de la remise en question du libre échange le débat faut rage aujourd'hui sur le plan théorique et politique quant aux mesures protectionnistes, censée enrayer les transferts des ressources dans les différentes zones économiques.

Dans ce cadre, les fonds de solidarité définis dans la zone euro par le mécanisme de stabilité pour enrayer la crise engendrée par la dette souveraine, la discipline budgétaire ou la fracture économique et sociale qui persiste entre Nord et Sud, s'inscrivent dans une économie globale où les critères de la croissance, des investissements et du bien-être social dépendent d'une pluralité des mesures et d'inconnues à complexité brownienne. Dans ce contexte le rôle de la politique, des gouvernements et des acteurs étatiques reste dominant, sinon déterminant, car émerge un nouveau besoin d'État, le besoin de biens publics, qui inverse le paradigme de la révolution conservatrice, portée par une doctrine libertaire.

Mais sur quoi reposait-il le fondement de la doctrine du « moindre Etat » qui a départagé le libéralisme classique du néo-libéralisme?

MAYNARD KEYNES OU FRIEDERIK A.HAYECK
ET LUDWIG VON MISES

Dans le débat actuel, certains analystes font de l'occurrence de cette crise, un procès général du capitalisme, du néolibéralisme et de la généralisation universelle de la concurrence.

Or qui seront-ils, les vainqueurs de ce nouveau round du développement économique de l'humanité, Maynard Keynes, ou F.A. Hayeck et Ludwig Von Mises?

Le débat fait rage théoriquement mais aussi en termes praxéologiques et politiques. En effet, il parvient à s'étendre au lien du politique et de l'économique et à élaborer une critique du temps présent, comme articulation entre forme de régime (la démocratie et la promotion de l'État de droit) et son abandon, au nom d'une « conception radicale de la liberté » portée par le néoconservatisme.

Ce nouveau « Grand Débat » promeut la recherche de formes de rationalités inédites entre trois grandes sphères de l'activité humaine:

  1. celle de l'action individuelle, privée et publique, soumise à la rationalité économique (calcul individuel et réglementation de l'État);

  2. celle de la promotion de la concurrence, à tous les nivaux de l'agir social;

  3. celle de l'étatisme ou du normativisme, qui seraient mis au service du marché et, à travers lui, à « une inégalité égale pour tous »;

    Le néolibéralisme, se distinguerait ainsi du libéralisme classique, car il serait du « type normatif » et guère naturaliste. En effet, les théories libérales traditionnelles fondaient les doctrines du « laissez-faire » sur la naturalité du marché.

Dans le cas du libéralisme (Hayek, Röpke, Rueff), né d'une opposition politique et conceptuelle à la révolution bolchévique et à la montée du nazisme, l'intervention de l'État se révélait cruciale en raison de la fragilité « naturelle » du marché et de l'impératif de préservation d'un État de droit (la démocratie), fondé sur la prérogative essentielle de maintenir la liberté, par la mise en concurrence des individus. Ainsi, dans sa fonction conceptuelle, si le libéralisme classique s'opposait à l'extension des pouvoirs du gouvernement qui limitaient les opportunités d'entreprendre et de créer, le néolibéralisme veut transformer la société, la rendre créative de l'intérieur, au dela de la limitation théorique du pouvoir.

Ainsi le néolibéralisme se présente, dès ses origines , comme une conception authentiquement politique, émanant de l'individu et de la société et guère d'un quelconque pouvoir tutélaire.

Les néo-conservateurs américains auraient ajouté à une conception de la régulation des individus, fondée sur leur liberté, celle d'une interpellation métaphysique, formulée en termes sociaux, religieux et messianiques.

Sous l'angle idéologico-politique, explique Wendy Brown, les néo-conservateurs américains au début des années 1980 sont devenus optimistes et ont épousé, au nom de la liberté, les thèses du néolibéralisme, profitant de l'affaiblissement de l'État libéral classique.

En tant que groupe hétéroclite, ils ont voulu promouvoir un climat idéologique moulé dans une religiosité messianique et anti-juridique. Face à cette offensive massive, conduite par un groupe disparate, composé « d'intellectuels, de juifs laïcs et de chrétiens évangéliques, de musiciens de chambre devenus soviétologues, des professeurs de théorie politique convertis en conseillers politiques, des Blancs en colère et des Noirs vertueux »1, la question fondamentale demeure celle de tous les temps de crise: « Assistons-nous à un déclin et à un affaiblissement définitifs de la démocratie libérale, et, avec le retour des Léviathans au niveau international, au retour des réponses des années trente, bref à une résurgence de l'ère des tyrannies et à une nouvelle période de guerres et de conflits? »

Or cette conception, élaborée dans les années 1980 était encore empreinte de deux postulats essentiels de matrice occidentale:

  • que la notion de la liberté et celle de l'individu soient commues à tous et soient en elles mêmes révolutionnaires, créatives et dynamiques.

  • que la conception de la société, de l'État et du régime politique, soient partagés et uniformes dans le monde, ce qui est loin d'être démontré.

Le cours des derniers trente ans infirme ces fondements intellectuels, remet en question leur valeurs euristiques et leur genèse historique et à plus forte raison, leurs perspectives philosophiques et intellectuelles.

NOTES

1Wendy BROWN, Les habitats neufs de la politique mondiale. Néolibéralisme et néo-conservatisme. Paris. Les Prairies Ordinaires. 2007

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