L'ÉGALITÉ OU LE SUICIDE DE L'OCCIDENT

Chapitre VI. LE GRAND ÉCHIQUIER ET LA REMISE EN CAUSE DE L'OCCIDENT
Auteur: 
Irnerio Seminatore
Date de publication: 
24/2/2018

Prémisse

Le concept d'égalité fait système en matière de philosophie et de sciences politiques depuis les « Lumières historiques ». Il regroupe, sous son couvert, les doctrines des droits de l'homme, de la démocratie et de l’État de droit, de l'humanisme philosophique, du « projet de paix » et, pour terminer, de la « théorie du genre ».

Le but de la présente réflexion est d'en retracer les connections et d'en mettre en valeur les répercussions politiques et culturelles.

Nous donnerons suite à la publication périodique de cet exercice intellectuel, rédigé en 2015, par la soumission à nos lecteurs du sixième chapitre sur :

« LE GRAND ÉCHIQUIER
ET LA REMISE EN CAUSE DE L'OCCIDENT »

Le premier chapitre a été posté sur le site internet :
http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2018/janvier/l-galit-ou-le-suicide-de-loccident
en date du 22 janvier 2018. 
Le deuxième chapitre a été posté sur le site internet :
http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2018/janvier/l-galit-ou-le-suicide-de-loccident-0
en date du 23 janvier 2018.

Le  troisième chapitre a été posté sur le site internet :
http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2018/f-vrier/l-galit-ou-le-suicide-de-loccident
en date du 8 février 2018.

Le quatrième chapitre a été posté sur le site internet :
http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2018/f-vrier/l-galit-ou-le-suicide-de-loccident-0
en date du 11 février 2018.

Le cinquième chapitre a été posté sur le site internet :
http://www.ieri.be/fr/publications/wp/2018/f-vrier/l-galit-ou-le-suicide-de-loccident-1
en date du 16 février 2018. Les thèmes
successifs apparaîtrons suivant la « table des matières »



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VI. LE GRAND ÉCHIQUIER
ET LA REMISE EN CAUSE DE L'OCCIDENT

Démocratie, autocratie, méritocratie. Le « meilleur » gouvernement et le retour à Confucius
La méritocratie, la réforme conciliatrice et la troisième voie
Peuple, populisme et société de masse. Une aliénation globale
Immigration et communauté de destin

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Démocratie, autocratie, méritocratie.  
Le « meilleur » gouvernement et le retour à Confucius

Dans le débat actuel sur l'édification des fondements moraux du pouvoir politique, les réformateurs confucéens en Chine apportent un ferment de renouveau aux postulats de la démocratie à l'occidentale.

Les philosophies et les doctrines chinoises s'efforcent d'expliquer les aspects normatifs et persuasifs de la tentative de concilier la démocratie libérale à l'occidentale et une plus forte acceptation de l'autoritarisme oriental, au nom de l'élargissement planétaire de la méritocratie confucéenne.

Dans cet effort de réforme politique, une question de fond n'est pas à négliger et peut être ainsi formulée.

« Quelle est la forme d'autorité et donc le régime politique mieux à même d'être suivi pour gouverner une société, qui n'est plus nationale mais mondiale, et qui, lorsqu'elle est nationale, doit avoir comme repère et comme loi de référence, sa propre culture et son histoire ancienne ? »

Cette interrogation n'est pas nouvelle, car elle a été débattue par le passé en Europe dans les années 1920-1930 et puis encore entre 1945 et les années 1990, par nombre de sociologues, politistes et philosophes de l'Est et de Ouest, au sujet de l'opposition entre démocratie et totalitarisme, ou encore entre modèle libéral et modèle socialiste.

Ce débat et sa force d'enchantement a acquis dans l'histoire de la culture occidentale la forme de l'épos tragique de la modernité et a été lié à la domination européenne et à l'universalisme occidental triomphant. Par contraste, l'histoire de la mondialisation actuelle et de la post-modernité planétaire, s'identifie à l'émergence d'une « société-monde » qui relativise les systèmes de pensée et les philosophies, nés de la fin de la domination de l'Occident et de ses modèles intellectuels.


La méritocratie, la réforme conciliatrice et la troisième voie

Si la modernité fut occidentale, la post-modernité est mondiale. Le mot clé de la première fut l'égalité formelle des nations, la marque de la seconde l'inégalité de développement des sociétés et des peuples tout au long des siècles..

La post-modernité peut-elle devenir la théorie-monde de la démocratisation confucéenne, dans l'empire du Chung-Kuô ?

Le débat chinois ressemble étrangement à la longue querelle sur les mérites et les démérites historiques de la démocratie libérale et sur l'efficacité autoritaire du socialisme planificateur. Les réformistes confucianistes avancent l'idée que la défense des intérêts de la planète et des générations futures est assurée par la « méritocratie », comme système de gouvernement politique de la troisième voie, celle qui surmonte les limites fermées des systèmes démocratiques nationaux, caractérisés par la logique « un homme, une voix », pour une post-modernité ouverte, en mesure de conforter l'efficacité de l'autorité à l'intérieur et les intérêts humains universels de la mondialisation, à l'extérieur.

Tout système politique serait ainsi simultanément post-national, mais aussi national et transnational, car la « vraie démocratie » s'inscrit dans la possibilité d'apporter une réforme « conciliatrice » entre systèmes démocratiques et systèmes autocratiques opposés et de reprendre les thèmes classiques de la tradition, en les adaptant à l'ère nouvelle, celle de la post-modernité, planétaire et post-occidentale.


 Peuple, populisme et société de masse. Une aliénation globale

Si la théorie de la société de masse adopte deux explications opposées pour identifier la vulnérabilité des systèmes démocratiques, l'une oligarchique et l'autre démocratique, la première met en valeur comme causalité du populisme, la perte de l'exclusivité du pouvoir de la part des élites, un pouvoir qui passe de main et qui est approprié par des personnalités anti-système, la deuxième attribue la montée de la participation populaire à l'autonomisation de la société et à la mobilisation d'individus isolés, sous l'emprise de nouvelles élites, accédant au système politique par une promesse de réformes larges et par un interventionnisme étatique fort.

Or la vulnérabilité des systèmes post-démocratiques vient de l'absence des fondements de l'intégration des groupes qui composent les sociétés occidentales modernes. Le problème central de ces sociétés est l'aliénation culturelle qui est à la fois sociale, raciale et religieuse. Dans le contexte de ces sociétés, l'aliénation des élites est mondialiste, celle des classes moyennes bureaucratique, celle des classes populaires étatiste et celle des exclus et des marginaux des banlieues nihiliste. C'est une aliénation dépourvue de valeurs d'appartenance communes, due à la carence d'emprise des hiérarchies traditionnelles, incapables d'unifier et de gérer la fragmentation des groupes. En termes d'objectifs sociaux, l'action de masse des classes intermédiaires est condamnée au réformisme, celle des élites mondialistes à l'intégrationnisme supranational, l'orientation des élites anti-système au populisme et l'inertie des exclus aux solidarismes altermondialistes en révolte, épris par des tentations anarcho-djihadistes. De nos jours, la vie urbaine et des banlieues atomisent les groupes sociaux traditionnels, individualisent les classes moyennes de bureaux, éliminent la participation sociale et annihilent les capacités de direction des élites mondialistes, déconnectés de tout lien social, rendant vaine et illusoire toute solidarité universelle. L'humanitarisme philosophique couronne cette aliénation générale des sociétés et des groupes, par la déconstruction critique du rationalisme des Lumières et par l'abandon de toute politique libérale, qui renvoie à la philosophie universaliste des droits de l'Homme. Sur cet ensemble dispersé règne le concept de compétition, de dépolitisation et d’État assistanciel en détresse. L'idée d'égalitarisme et de démocratie, comme convergence éthique, inspirée par une finalité commune ou par une volonté générale aux appropriations disputées, définit un idéal révolu, qui appartient désormais à la littérature sociale des XIX et XX siècles.

L'auto-exclusion des communautés immigrées de l'ensemble du « peuple », comme corps politique de la nation et la résilience de ces communautés comme emprises étrangères de langue, d'esprit, de mœurs et de religion, transforme ces communautés en réservoirs de révoltés et en une véritable « quinte colonne » de l'ennemi, prête à l'explosion et à la violence.


Immigration et communauté de destin

La vulnérabilité sociale et ethnique la plus importante des systèmes démocratiques d'aujourd'hui est l'immigration, qui a pour origine la fiction de l'égalité, pour mode d'existence l'apartheid et pour corrélat solidariste l'assistance. Elle a aussi pour fondement une utopie théocratique, prêchant l'unité fusionnelle du pouvoir et du religieux, sous l'autorité de ce dernier. C'est l'auto-institution imaginaire des banlieues en « Califat » mythique. Si la notion du « peuple » désigne couramment une des trois composantes de l’État (peuple, gouvernement, territoire), toute communauté qui partage le sentiment d'une appartenance durable, doit disposer d'un passé commun, d'un territoire commun, d'une religion commune et d'un sentiment commun d'identité pour se définir en termes d'avenir comme « communauté de destin ». Ce groupe social peut se considérer comme « nation » ou comme entité souveraine, s'il revendique le droit politique spécifique de s'ériger en État ou en République. Rien de tel pour les masses immigrées, non intégrées, étrangères à la cité politique et à toute forme de gouvernement ou de régime politique, sauf à celui, égalitariste par principe, qui leur promet avantages et ressources. Ces masses incultes, réactives et violentes, revendiquant une solidarité sans réciprocité, apathiques au travail, engluées dans leur milieu résidentiel aux trafics illicites, combattant pour d'autres Dieux, sont à la charge de la communauté des citoyens, majoritairement hostiles à leur présence.

Si la politique privilégiée du peuple (« démos ») est la démocratie, l'appel démagogique aux « vrais » intérêts du « peuple » s'appelle « populisme », une forme de salut contre les maux de la société et une espèce de sauvegarde contre la trahison des élites corrompues.

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